Aurore Jesset

UNE PASSERELLE HUMANISTE ENTRE L’ART ET L’OBJET PUBLICITAIRE

Aurore Jesset portrait

Ecrit par Aurore Jesset pour le Rêve du Dogon et Nowart

Avril/mai 2015

Depuis sa création en 2001, le Rêve du Dogon s’inscrit dans une démarche soucieuse des réalités environnementales, sociales et économiques. Son  éthique vise  le respect de tous les partenaires impliqués dans les étapes successives des projets réalisés. Acteur du développement durable,  La responsabilité est un axe central. Responsable des enjeux individuels et collectifs, l’équipe du Rêve du Dogon développe son expertise en suivant sans relâche ce fil conducteur. Ainsi, Patrick Lafon, à l’origine de la structure, poursuit son engagement militant  au service de l’équité.

Dans ce contexte, le Rêve du Dogon voit dans l’objet publicitaire un facteur de lien entre les individus lorsque le message s’adresse à tous, telle une valeur fondatrice à partager. Les premières organisations ethniques se sont tissées autour de la circulation des objets. En effet, de l’utilité au symbole, donner ou recevoir l’objet, participe depuis la nuit des temps aux liens entre les hommes. Sensibles à l’ancrage de l’objet dans l’histoire des civilisations, le Rêve du Dogon s’affirme du côté de l’objet  déterminé par une histoire humaine. Ainsi, l’objet publicitaire, usuellement prétexte à la promotion, devient une entité qui fait voyager par ce qu’il raconte.

Les valeurs humanistes constituent une orientation centrale du Rêve du Dogon. Ses choix et ses stratégies en témoignent. En l’occurrence, un partenariat régulier avec des artistes enrichit l’ouverture et la qualité de ses projets.

 

L’art au cœur de la culture, agent essentiel du maillage social, doit selon Patrick Lafon  prendre sa place dans le développement durable.

La promotion du développement durable associé au génie artistique, témoin des méandres de l’existence que l’art sublime,  vise des objets de qualité porteurs d’un sens majeur. Ainsi, chacun et chacune se reconnait dans l’objet en tant qu’il représente des valeurs primordiales et qu’il procure du plaisir par sa conception esthétique. L’implication affective devient alors possible par l’attachement et la résonance identitaire suscités par les qualités de l’objet. Vivre l’objet dans son quotidien ou le transmettre prend alors toute sa dimension.

Patrick Lafon voit dans l’art une passerelle  à valoriser entre les trois pôles incontournables du développement durable, c’est-à-dire, dans l’équilibre des domaines économique, social et environnemental.  Entre l’artisanat et l’art écologique, le Rêve du Dogon revendique le  respect de l’homme et de la planète par une conception novatrice de l’objet.

 

2015 célèbre dix années de partenariat avec  Arnaud Rabier alias Nowart,  artiste plasticien complet tant ses domaines techniques et esthétiques sont multiples.

Nowart et Patrick Lafon partagent un même regard sur le monde et la vie. Tous deux croient en l’homme, en ses ressources positives dont l’amour. D’après eux, cette énergie universelle est la condition des changements profonds et nécessaires. Ils déplorent qu’elle soit trop souvent négligée au profit des défis modernes tels que le pouvoir et la rentabilité.

L’artiste et le publicitaire sont sensibles  aux traditions de certaines régions du monde tournées vers la recherche d’harmonie, entre les individus, les générations, ainsi qu’entre l’homme et la nature. Nowart s’est rendu de nombreuses fois dans la partie Ouest du continent africain pour y semer les couleurs du lien par des actions « fleurs ». Et selon l’anecdote, le Rêve du Dogon doit son nom à la rencontre d’un habitant dogon du quartier parisien. Ses récits d’ailleurs par ses histoires du pays laissent à Patrick Lafon un souvenir plein d’humanité.

La poésie relie les deux hommes. D’un côté, celle des fleurs dodues, créatrices de liens entre les habitants des quartiers éprouvés par les drames de l’histoire ou la pauvreté, et de l’autre côté, la poésie d’un nom propice au voyage et d’une conception humaniste de l’objet.

Parrain du projet fleurs depuis le début par son mécénat et ses réalisations diverses (tee-shirts, expositions…), le Rêve du Dogon soutient Nowart dans ses immersions successives. L’artiste,  pèlerin du terreau humain, continue à répandre ses graines de générosité. Le parcours s’allonge, les fleurs s’épanouissent d’Afrique du sud à l’Afrique de l’ouest. Moins loin, elles traversent plusieurs régions de France, et bientôt le Brésil. Les graines n’en finissent pas d’éclore.

 

Un projet  commun mêlant artisanat et art écologique à Samba Dia (Sénégal) sera à l’origine d’une dynamique forte en développement durable. Alliant  l’humain, l’art, l’économie, et la sauvegarde de l’environnement, une activité locale réalisera des sacs tricotés  à partir des déchets plastiques dispersés dans les alentours. Le processus de fabrication, le choix des matériaux,  le concept esthétique et les stratégies de commercialisations seront pensés selon les compétences respectives  du Rêve du Dogon et de Nowart, ainsi que celles d’autres spécialistes partenaires.

Actuellement, un événement prochain se prépare. Nowart est invité à participer à une importante manifestation internationale, premier grand festival franco-brésilien de Rio « Planeta Ginga », en octobre 2015, organisé par Mathias Cassel alias Rockin’ Squat (auteur, compositeur, interprète français, fondateur du groupe de Hip Hop Assassin) et de Freddy Vitorino, producteur brésilien de cinéma.

L’initiative est soutenue par Omar Sy, Wagner Moura et de nombreuses célébrités artistiques (cinéma, musique, graff…) seront à l’affiche. Le projet vise l’accès à la culture aux habitants des favelas et à dynamiser le lien dans la mixité sociale et culturelle.

Nowart investira avec ses complices l’artère principale de la favela , pour y peindre avec grands et petits des quartiers, des fleurs, mais aussi des portraits des familiers du lieu. « Le chemin des fleurs » se tiendra à pétales déployés pour l’ouverture du festival. Puis, tel un poumon végétal, il se gonflera du bouillonnement humain et artistique durant deux jours.  Aussi, le peintre participera à une fresque murale collective d’envergure. Pour l’artiste, la fleur symbolise  « la complexité de la nature humaine traversée par la vie, l’amour, la mort (…) La diversité, la différence, la dimension du « vivre ensemble »(…) sont des notions cruciales véhiculées par le thème de la fleur ».* Son traitement singulier des portraits traduit cette même densité.

Le Rêve du Dogon rejoint Nowart sur ce projet franco-brésilien et vous propose d’être acteur de la suite du long chemin déjà parcouru par le jardinier des cœurs, de Marseille à Soweto et bientôt à Rio, avec  cinq fleurs, symboles des cinq continents de la planète et des cinq doigts de la main. S’il vous reste une part de rêve pour la cause humaine, participez à la poursuite du voyage, en collant sur les murs, les affiches aux corolles épanouies.  Elles seront relayées par Nowart à Rio par les collages qu’il réalisera comme vous. De Paris à Rio, et partout dans le monde,  chacun  a son coin de verdure à défricher pour que se fertilise l’amour et la solidarité entre les hommes, parce que le sourire d’une fleur, quelques soit sa couleur, son odeur et sa terre d’origine a le droit à la lumière.

 

Patrick Lafon et son équipe cultivent une démarche publicitaire aux couleurs de l’émotion. L’art et le développement durable forment une belle alliance pour  favoriser cette énergie vitale qui rassemble, et plus encore,  elle promet le déploiement d’un nouvel art de vivre. De l’objet utilitaire à l’objet utile en tant qu’il s’anime d’un sens fondateur, la philosophie du Rêve du Dogon affirme une éthique au service de la dignité individuelle  et des valeurs collectives.

Aurore Jesset  est psychanalyste, écrivaine, interprète d’art.  http://www.aurorejesset.net/

Le texte disponible  en version audio sur www.nowartproject.com

 

*De l’art et du lien par Aurore Jesset dans Arnaud Rabier Nowart, du graffiti à l’Art in Space 

Editions LVE – 2014